Reine Elizabeth II : les confidences du couturier royal Stewart Parvin, qui célèbre 30 ans de carrière
Assis sur un fauteuil majestueux, presque un trône, dans l’écrin de son atelier de Belgravia, Stewart Parvin – couturier britannique et « royal dressmaker » de Sa Majesté la reine Elizabeth II – est simplement vêtu d’un col roulé noir, un jean parfaitement coupé, d’une ceinture Hermès et de mocassins bleu nuit. À ses pieds se tient Kit, son labrador noir, alangui entre deux rangées de tailleurs en tweed et de robes-manteaux fastueuses et oniriques. On pourrait se croire chez Cristóbal Balenciaga, avenue George V, dans les années 1950, tant son adresse de Belgravia charrie des images de salons parisiens d’autrefois. Les miroirs blancs et laqués courant du sol au plafond et les tentures de velours ont été les témoins discrets des essayages des personnes les plus en vue de la bonne société anglaise.
Et de fait, à peine arrivé, je croise une cliente fortunée qui s’éclipse : après des mesures, l’équipe de Parvin s’apprête à confectionner pour elle une nouvelle série de créations sur mesure pour la saison à venir. Une autre l’appelle pour savoir quand elle pourra venir chercher son pantalon en velours – elle aimerait faire un ourlet de quelques centimètres. Tatillonne ? C’est bien possible, mais c’est précisément pour ça que l’on s’adresse à l’atelier Parvin : tous les détails doivent être soignés pour une clientèle pareil.
« Nous pouvons tout faire, dit-il. Évidemment, si vous venez en demandant de copier une robe Valentino, on ne le fera pas. Mais si vous acceptez de vous asseoir et de me laisser créer, alors je m’y mets. Et ensemble, nous allons imaginer quelque chose de beau. »
Stewart Parvin est le dernier héraut de la grande couture britannique. Il fut un temps où le quartier de Belgravia fourmillait de créateurs capables de concevoir un vêtement unique, adapté à votre corps, et vous garantissant qu’aucune autre femme n’apparaîtrait dans la même robe que vous. Une élégance d’avant le prêt-à-porter, et les modes éclair sur les réseaux sociaux.
« Je n’ai jamais voulu faire des habits déstructurés ou grunge. C’est pas mon truc. Moi, j’aime les vêtements élégants, le vrai glamour. Comme Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé. J’aime le Givenchy de l’époque. J’aime le luxe discret, confie-t-il. Je n’aime pas Balenciaga – du moins, pas celui d’aujourd’hui. Quand je passe devant leur boutique, ça me désole. »
Depuis trente ans – une date symbolique qu’il célèbre cette année – Parvin défend une mode à rebours de la fièvre acheteuse, qui promeut le goût sûr et l’artisanat d’excellence. On parle d’un homme qui à six ans savait distinguer un Saint Laurent d’un Chanel. « La crèche que je fréquentais appartenait à Lady Donald Campbell. Chaque jour, je la voyais descendre les escaliers et j’étais fasciné par ses tenues. Et je peux vous dire que c’était toujours soit du Saint Laurent, soit du Chanel ! se souvient-il. Je rentrais à la maison en disant à ma mère : “Tu dois acheter ça” ou “Il te faut un nouveau sac à main.” Lady Campbell portait des bottines à talons – c’était en 1969 – et je disais : “Maman, il faut que tu t’en achètes !” » plaisante-t-il.
Cette Lady Campbell, et les créateurs visionnaires qu’elle portait, allaient nourrir le propre bagage stylistique de Parvin. Séduit par le le chic intemporel de l’âge d’or de la haute couture, il étudie d’abord les beaux-arts puis la mode à Édimbourg, avant de revenir à Londres, où il devient l’élève d’un autre Donald Campbell : le couturier de Knightsbridge connu pour avoir créé plusieurs robes de la princesse Diana dans les années 1980.
En 1995, Parvin quitte Campbell pour fonder sa propre maison. Rapidement, il définit la femme Stewart Parvin : une femme chic, impeccable, désireuse de posséder des tenues uniques, singulières; « La plupart de mes clientes ne veulent rien de ce que j’ai déjà. Elles veulent quelque chose de totalement unique. Les femmes qui viennent ici ne veulent pas voir leur robe suspendue à un portant – elles veulent posséder le seul exemplaire au monde. »
Source: Vanity Fair


