Sophie Parra, 10 ans après le 13-novembre : «Entre rescapés, on se comprend sans avoir besoin d’expliquer»
Sophie Parra, 10 ans après le 13-novembre : «Entre rescapés, on se comprend sans avoir besoin d’expliquer»
À trois jours des dix ans des attentats du 13 novembre 2015, Sophie Parra n’est pas sereine au téléphone. « L’émotion qui prédomine, je dirais que c’est l’angoisse. La désagréable impression qu’il va se passer quelque chose de pas cool, alors que c’est sûr qu’il ne se passera rien du tout. » La Lyonnaise ne s’imaginait pas ne pas venir Paris assister aux hommages organisés ce jeudi, une décennie après ce concert des Eagles of Death Metal auquel elle était venue assister et qui est gravé dans sa mémoire. Elle se souvient encore bien du moment où la sortie entre amis a viré au cauchemar : « Au début de l’attaque, les coups de feu faisaient penser à des pétards. C’est la confusion totale : on se regarde en souriant, en se disant : “Super, ils font ça à l’américaine, on a des pétards et tout”. Puis on entend des cris et on comprend qu’il se passe quelque chose. On est en novembre 2015, moins d’un an après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher, on fait vite le lien avec ce qui est en train de se passer pour nous. » Elle entend les revendications des terroristes, « pour la Syrie et pour l’Irak », mais est rapidement touchée : « Je les entendais de loin, j’essayais calmer mon amie parce qu’elle pleurait, criait. J’essayais de faire en sorte qu’elle se taise et qu’on ne nous remarque pas. » Pendant d’interminables heures, elle reste au sol, blessée par deux balles, cachée derrière un jeune homme qui ne survivra pas à une balle dans le dos. Elle en gardera une jambe droite bien abîmée (80 centimètres de cicatrice) et une balle dans la hanche, qui ne sera retirée que deux ans après, prise en charge à l’hôpital militaire Bégin face à une douleur de plus en plus handicapante que les médicaments ne parvenaient plus à apaiser : « Je suis descendue au bloc avec un suspense : le chirurgien ne pouvait savoir qu’une fois l’opération commencée si on pourrait retirer la balle avec une méthode proche de la cœlioscopie ou s’il faudrait ouvrir l’abdomen. Au réveil, la première chose que j’ai vérifié était de savoir où était la cicatrice. Le médecin était très fier de lui, m’a montré la balle : il n’avait pas eu besoin de la méthode la plus invasive. » Le projectile a été confié à la police, une pièce à conviction de plus dans une enquête tentaculaire. « Victime d’attentat à la retraite » La dernière fois que nous nous étions vues, Sophie venait de témoigner lors du procès dit « V13 » et semblait soulagée d’avoir affronté l’impressionnante cour d’assises spéciale. « C’était très dur. Quand on avance dans la salle pour témoigner, on passe devant tout le monde : le public, les avocats, les accusés. C’était difficile de se sentir le centre de l’attention, et de sentir le regard des accusés. » Même si le cadre était parfaitement sécurisé, la crainte du coup de folie d’un des 14 mis en cause lui traverse l’esprit : « Mais au fur et à mesure que je témoignais, que je racontais tout, je me sentais libérée d’un poids : j’étais légitime dans mon vécu. Pouvoir conf…
Source: Vanity Fair
